Bouche de bébé : un outil d'éveil

Bouche de bébé : un outil d'éveil

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Téter, sourire, goûter, mordre, parler… avec sa bouche, votre bébé explore son environnement et construit sa relation aux autres. Petit tour d'horizon de ses principales découvertes.

Stéphanie Letellier, avec la collaboration d'Anne Gatecel, psychologue et psychomotricienne, et Myriam Szejer, pédopsychiatre et psychanalyste.

Bouche de bébé : un outil d'éveil (7 photos)

Une bouche… pour téter

  • Alimenté grâce au cordon ombilical durant la grossesse, votre bébé doit maintenant téter plusieurs fois par jour pour se nourrir.
  • Un besoin pas seulement physiologique. Lors de ces moments d'échange, au sein ou au biberon, la notion de plaisir et d'interaction est aussi très importante. Il s'identifie à vous, sa maman, qui allez peu à peu lui permettre de s'individualiser en lui imposant ses premières contraintes, par exemple l'attente entre deux tétées.
  • A travers ces frustrations, accompagnées de paroles rassurantes pour qu'il les supporte plus facilement, votre enfant se sociabilise aussi.

Une bouche… pour téter

  • Téter permet à votre tout-petit de ressentir une sensation de bien-être et de plaisir grâce à la sécrétion d'endorphines provoquée par le mouvement des lèvres et de la langue.
  • Certains enfants (15 à 20 % environ) sont particulièrement sensibles à ce "besoin de succion". Spontanément, ils se mettent à sucer leur pouce, leur doudou, ou leur tétine, s'ils en ont une. Cette douce routine est réconfortante dans les moments où ils sont seuls car elle leur permet de reproduire les interactions apaisantes qu'ils connaissent lorsqu'ils sont au sein ou au biberon.
  • Il s'agit là d'une satisfaction autoérotique : "Durant le stade oral de la première année, tout le plaisir et l'énergie libidinale sont centrés autour de la bouche", rappelle Myriam Szejer, pédopsychiatre et psychanalyste.

Une bouche… pour gazouiller et parler

  • Vers 4-5 mois, votre bébé fait ses premières vocalises et découvre qu'il peut produire des tonalités différentes avec sa bouche. Il entre dans la phase de lallation : "Il se met à produire des sons parce qu'il vous a entendu parler déjà in utero et a envie de vous imiter.
  • Le problème, c'est qu'il ne se tient pas encore à la verticale et son larynx n'est pas suffisamment développé pour lui permettre d'articuler. Mais il essaye, il s'entraîne… ", explique Myriam Szejer.
  • Vous l'entendez babiller dans son lit ? Pour l'encourager dans ses vocalises et le rassurer, il est important de lui faire écho : "Un tout-petit peut rendre présent psychiquement l'adulte absent pendant un temps, mais il faut lui répondre pour qu'il ne déclenche pas d'angoisse. Toutes ces formes d'interaction sont extrêmement structurantes pour lui et favoriseront la mise en place du langage dans les prochains mois", analyse Anne Gatecel, psychomotricienne et psychologue clinicienne.
  • Son premier mot, lui, sera prononcé autour de son premier anniversaire. Patience…

Une bouche… pour découvrir le monde

  • En jouant seul dans son lit, votre bébé attrape son pied et le met à la bouche ? Si pour vous cela s'apparente à un simple passe-temps, pour lui, c'est bien plus. Il découvre son corps et prend conscience de ses limites : "Ce pied, il est à moi !"
  • En devenant plus mobile, d'abord en rampant puis en se déplaçant à quatre pattes, il continue de découvrir son environnement en portant à la bouche tous les objets qu'il trouve pour une analyse en détail ! "C'est sa façon à lui de se renseigner et de découvrir les choses. C'est bon pour son éveil.
  • Profitez-en pour nommer ce qu'il attrape pour qu'il en ait une représentation verbale et plus seulement une représentation orale", conseille Myriam Szejer. Durant cette période du "tout à la bouche", veillez à ce que les objets dangereux soient hors de sa portée et, pour éviter les accidents, ne le laissez jamais sans surveillance.

Une bouche pour… sourire

  • Jusqu'à 6 mois, votre bébé sourit à toutes les personnes de son entourage, sans distinction : "Il le fait inconsciemment grâce à la sécrétion d'un neuropeptide dans son cerveau. Mais ce n'est pas vain… Les mots qu'il reçoit en retour lui permettent de construire son futur sourire. Il comprend que cette grimace qu'il ne maîtrise pas encore tout à fait déclenche de la satisfaction autour de lui. Il découvre la séduction", analyse Myriam Szejer.
  • Comme lors de ses premiers babillages, il est très important de répondre à ses sourires pour qu'une interaction affective se crée entre vous et lui : "Ces échanges vont permettre de favoriser le lien de l'attachement. En n'y répondant pas, le risque serait de créer une insécurité affective chez votre enfant", note Anne Gatecel. Mais qui saurait résister à ses sourires ?

Une bouche pour… goûter

  • Vers 4 ou 5 mois, votre bébé découvre d'autres goûts au moment de la diversification. Salé, sucré, amer ou doux… il va, au fur et à mesure de ses expériences culinaires, se familiariser avec de nouvelles saveurs et des textures inédites.
  • Peu à peu, son goût va se construire faisant de lui une personne à part entière. A condition d'y aller progressivement pour un éveil en douceur : "Manger à la cuillère n'est pas évident pour tous les enfants. Ils passent du sein, ou du biberon, qui remplissaient jusqu'alors leur bouche en permanence, à ce nouvel objet froid qui les nourrit en discontinu. Ils vont devoir s'habituer à ce “rien” et le combler grâce à vos paroles rassurantes", explique Anne Gatecel.
  • Il en sera de même lors de la découverte des morceaux, auxquels sa bouche et son palais ne sont pas habitués et qui peuvent l'angoisser et le rebuter les premières fois.

Une bouche… pour mordre

  • Une petite pression ferme et appuyée et voilà votre tout-petit qui vous mordille le sein lors de la tétée. Si ce n'est pas agréable, il n'y a pas à s'inquiéter. Selon Myriam Szejer, cela fait partie du développement normal de votre enfant : "Vers 8 mois, au lieu de s'identifier à sa mère, l'enfant va avoir envie de l'avaler et de la cannibaliser lors de la tétée. C'est un aspect de la pulsion orale." En vous mordant, votre enfant exprime aussi toute la frustration liée à son sevrage. Un "non" ferme, et répété s'il le faut, suffira à calmer votre petit mordeur qui n'attend que cela pour se structurer socialement.
  • S'il mord un camarade de crèche, il ne s'agit pas là toujours d'une forme d'agression directe, mais cela peut être une manière d'entrer en contact avec l'autre pour "l'absorber". Expliquez-lui calmement que cela ne se fait pas. Cette pulsion coïncide souvent avec une poussée dentaire douloureuse qu'il soulage comme il peut : "Donnez-lui un anneau de dentition qu'il pourra mordiller à volonté, cela l'aidera", conseille Anne Gatecel.

Stéphanie Letellier, avec la collaboration d'Anne Gatecel, psychologue et psychomotricienne, et Myriam Szejer, pédopsychiatre et psychanalyste.